Bonne année aux « Inutiles » !

cancer (7)

(…) « Notre monde déborde aujourd’hui de puissance de calcul. Il y a des tonnes de gens intelligents, davantage de doctorats, de brevets, plus de groupes de réflexion, plus de cellules grises que jamais qui s’appliquent à résoudre les défis cruciaux de notre époque. Et alors ? Et alors, est-ce qu’on est plus heureux ? Est-ce que le monde est meilleur ? Est-ce qu’il est plus beau ? Non.

Regardez les ravages que cette obsession de la compétition, de la performance fait tous les jours dans notre société. Rien qu’en France, 15 millions de boîtes d’antidépresseurs sont prescrites chaque année. Près de quatre Français sur dix déclarent avoir fait un burn-out. Qui peut sérieusement prétendre que la dépression, le stress, le mal-être ne découlent pas en grande partie de cette vision strictement utilitaire de la vie que défendent nos amis transhumanistes et autres promoteurs de l’humain augmenté ? En fait, le problème, ce n’est pas que nos cerveaux sont trop petits, le problème, c’est que ce sont nos cœurs qui ne peuvent plus suivre. Nos cœurs qui souffrent de s’obstiner à violer toujours plus les lois de la nature, à négliger la connaissance de soi, à refuser le véritable amour.
Alors, c’est vrai, de mon côté, je ne suis pas un robot, pas une intelligence artificielle. Je n’ai aucun doute sur le fait que, dans la classification actuelle, j’appartiens aux inutiles et au moins 150 de QI.

(…) On se trompe, on fait des erreurs, on donne des avis qui sont simplement nos avis et non la synthèse mathématique des avis qu’un algorithme aura déterminé que vous voudriez entendre. Et si vous suivez cette chronique, il peut vous arriver d’être en désaccord, parfois agacé même. Eh bien moi, j’ai envie de dire « tant mieux ! » C’est que vous et moi, nous sommes bien en vie. Pas juste des amas de cellules, mais des êtres complexes faits de corps et d’esprit, dont les décisions ne sont pas toujours rationnelles ni fondées sur leur seul intérêt, parce que l’être humain est approximatif par nature. Et c’est aussi parce qu’il commet des erreurs qu’il fait parfois des découvertes sensationnelles.

Et il y a même un mot pour désigner ce phénomène : c’est ce qu’on appelle la « sérénodépité ». Et on peut la résumer ainsi : c’est quand on ne cherche pas qu’on trouve. L’iode, la pénicilline, le téléphone, le velcro ont été découverts par hasard, par des gens qui ne les cherchaient pas du tout.

Les robots, eux, ne sont pas du tout approximatifs. Ils sont programmés pour ne pas se tromper, pour aller exactement là où ils doivent aller et ne pas dévier de leur route. Plus ils seront programmés, plus ils seront puissants, plus le risque d’erreur sera faible, voire nul. Et on voit bien là une première question à poser à nos grands gourous de la technologie : à suivre ces routes toutes tracées, à ne jamais commettre d’erreur, à côté de combien de découvertes essentielles nos robots vont-ils passer ?
Et puis les inutiles, ils ont peut-être aussi leur vertu. Après tout, il suffit d’ailleurs de se pencher au-dessus d’une fourmilière pour observer un curieux manège. Vous verrez, au sein de la colonie de fourmis, certaines d’entre elles qui ne font strictement rien. Et d’ailleurs, elles font pire que ça, puisqu’elles nuisent aux autres. Elles se mettent en travers de la route des autres, les empêchent de circuler, de travailler. Elles ne lèveront jamais la moindre patte pour les aider. Non seulement elles sont inutiles, mais en plus elles sont gênantes.

Alors, en observant cela, on imagine que ces fourmis correspondent à peu près à ce que nous appelons chez nous des hommes politiques et qu’un vent de révolte de type « gilets jaunes » doit régulièrement animer la masse laborieuse de la fourmilière contre ses incapables et ses profiteuses. Eh bien, pas du tout. La nature est d’un raffinement bien plus subtil. Ces fourmis qui ne font rien, qui gênent les autres, elles ne sont pas là par hasard. Par leur conduite, elles obligent les travailleuses à mieux travailler encore, à imaginer des solutions de contournement lorsqu’elles leur barrent le passage. Bref, à avoir des idées nouvelles, à créer, à découvrir, à inventer, parce que c’est dans la contrainte que s’exerce le véritable génie.

Les inutiles chez les fourmis, voyez, ont leur rôle dans ce jaillissement d’idées. Tout n’est peut-être pas aussi binaire qu’on voudrait bien nous le dire. Et au monde intelligent des transhumanistes, je pense qu’il est préférable de proposer un mouvement de retour vers l’essentiel.
Et pour essayer de comprendre où se trouve l’essentiel, eh bien je vous propose un tout petit détour au paradis des inutiles : la ville de Lourdes, cette ville incroyable où tout s’achète, tout se vend — l’espoir, le miracle, la souffrance. On y croise également l’authentique humanité, celle qui intègre aussi les fragiles, les cabossés, les malades, les « bas de plafond », pour composer un tout.

À Lourdes, les éclopés, les souffrants, les diminués, les tout-petits, les ratés et les moches sont comme nulle part ailleurs : des hommes de plein droit. Car, de la même façon que le jour n’existe que parce qu’il s’oppose à la nuit, l’utile n’est rien sans l’inutile. Il y a ce qu’on compte et il y a ce qui compte. Ce sont les deux versants d’une même pièce : la vie, où il est folie de croire qu’on sera toujours dans le même camp, celui des valides, des forts et des gagnants.

Alors, les inutiles que méprisent les transhumanistes, eh bien je les vois au contraire comme les messagers de l’essentiel, ceux qui rappellent aux autres que nous ne sommes jamais que des passagers sur cette terre, tous frères en humanité.

Alors maintenant, comment agir concrètement pour l’essentiel ? D’abord, peut-être soutenir, en s’impliquant personnellement quand on le peut, des initiatives sincères pour un monde réellement plus apaisé et fraternel. (…) Cesser peut-être de vivre sous l’ordre des choses stériles, apprendre à déceler les pollutions les plus insidieuses. On parle souvent des pesticides, mais aussi du vacarme intérieur, de la parole qui blesse, de la rumeur ou des idées moches qui tournent dans nos têtes.

Aussi longtemps que le quantitatif restera le dénominateur commun de tous nos actes, il sera inutile de parler de civilisation de l’essentiel. Alors, le jeûne de consommation, ce que l’agriculteur Pierre Rabhi appelait la « sobriété heureuse », peut être une réponse au toujours-plus que réclame notre société : plus de croissance, d’efficacité, de productivité, de compétition, plus d’intelligence, qu’elle soit artificielle ou pas.

Au contraire, on peut essayer de retrouver au moins un peu le goût de la privation, de la rareté des choses, pour allumer la pleine conscience de vivre. Cela demande d’aller chercher, dans la relation à l’autre, dans des amitiés sincères, dans des rapports de chair et d’os, un mode de vie sain, la plénitude que la consommation ne peut pas offrir. Cela demande aussi, je crois, d’oser le silence.

Ce silence qui offre une saisissante contradiction dans notre monde affairé, brillant et tourmenté. Et vous pouvez d’ailleurs en faire l’expérience tout de suite. Vous fermez les yeux et imaginez que vous êtes dans un bois, seul(e), sous de grands hêtres, des chênes, des charmes ou des trembles. Tous ces arbres dont les feuilles bruissent doucement sous le souffle du vent, quelques cris d’oiseaux, quelques craquements des corps, et bientôt plus rien qui perturbe le silence.

Et pourtant, ce n’est pas un silence de mort, un vide lugubre. L’un de ces instants angoissants où la vie semble avoir été aspirée. C’est en réalité la manifestation de la plus intense des présences : la présence à soi-même. Car voilà la clé ultime, celle de l’aventure intérieure qui nous relie au divin et qui nous permet de définir le vrai but de notre vie et les moyens les plus appropriés pour l’atteindre sans trahir l’ordre du monde ni ses lois.

Et maintenant, pour finir, je voudrais rendre hommage, avec Cervantès, à ceux qui parlent au vent, les fous d’amour, les visionnaires ; à ceux qui donneraient leur vie à un rêve ; aux rejetés, aux exclus, aux hommes de cœur ; à ceux qui persistent à croire aux sentiments purs ; à ceux qui sont ridiculisés et jugés ; à ceux qui n’ont pas peur de dire ce qu’ils pensent et qui n’abandonnent jamais.

À tous ceux-là qui ressemblent follement aux auditeurs de Tocsin et à ceux qui vont le devenir, eh bien je vous souhaite une bonne et heureuse année 2026. »

Écouter sur Tocsin

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NDLR. Pour ma part, je veux rendre hommage à Celui qui a dit : « Ils sont heureux, ceux qui ont un cœur de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux ! Ils sont heureux, ceux qui pleurent, parce que Dieu les consolera ! Ils sont heureux, ceux qui sont doux, parce qu’ils recevront la terre comme un don de Dieu ! Ils sont heureux, ceux qui ont faim et soif d’obéir à Dieu, parce qu’ils seront satisfaits ! Ils sont heureux, ceux qui sont bons pour les autres, parce que Dieu sera bon pour eux ! Ils sont heureux, ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu ! Ils sont heureux, ceux qui font la paix autour d’eux, parce que Dieu les appellera ses fils. Ils sont heureux, ceux qu’on fait souffrir parce qu’ils obéissent à Dieu. Oui, le Royaume des cieux est à eux ! Vous êtes heureux quand on vous insulte, quand on vous fait souffrir, quand on dit contre vous toutes sortes de mauvaises paroles et de mensonges à cause de moi. Soyez dans la joie, soyez heureux, parce que Dieu vous prépare une grande récompense ! En effet, c’est ainsi qu’on a fait souffrir les prophètes qui ont vécu avant vous. » Matthieu 5:3-12 PDV

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