« Quand je regarde en arrière pour mieux comprendre le présent, je me demande comment on a fait pour accepter tout ça ! La Covid, ce n’était pas seulement un virus. C’était un théâtre d’ombres, une fumisterie parfaitement orchestrée. Et la plus grande réussite, la vraie, celle dont personne ne parle, ce n’est ni le vaccin, ni le confinement, la vraie réussite, c’est cette fracture sociale qu’on a patiemment cultivée comme un jardin empoisonné.
Macron parlait de guerre. On pensait qu’il délirait. On a ri, on a secoué la tête, on a scrollénos feeds en pensant «ce type est fou ». Mais il n’était pas fou. Il parlait en codes. La guerre dont il parlait était invisible, silencieuse, psychologique. Et elle a fonctionné. Parce que derrière chaque famille, chaque cercle d’amis, chaque discussion à table, il y a eu des éclats, des désaccords, des jugements, des rancunes. Les ados qui voulaient leur passe pour sortir, les parents qui hésitaient, les oncles et tantes qui criaient à la liberté ou au complot…chacun a été mis face à l’autre, confronté à ses limites, poussé à choisir un camp.
Et nous, qu’avons-nous fait ? Nous avons suivi le mouvement, partagé les tensions, polarisé nos propres vies. Cette pandémie, ce n’est pas seulement un test sanitaire, c’est un test social. Et le gouvernement l’a réussi avec brio. Il n’a peut-être pas vacciné tout le monde, mais il a divisé chacun de nous, jusqu’à nos foyers, jusqu’à nos repas en famille. La plus grande réussite, c’est la division. La plus grande victoire, c’est que nous n’avons plus les mêmes repères, que nos liens ont été testés, que nos certitudes ont été mises en pièces.
Et moi, je me souviens de ce temps d’avant, où l’on pouvait se parler sans soupçon, où l’on pouvait se tenir ensemble sans codes ni masques psychologiques. Nostalgie d’un monde où la peur n’était pas la règle, où l’ennemi n’était pas ton frère, ta sœur, ton voisin. Aujourd’hui, la guerre n’a pas besoin de bombes. Elle a juste besoin de mots bien choisis, de répétitions incessantes, de clivages savamment distillés. Et le plus triste, c’est que nous avons tous joué le jeu, chacun à notre façon, chacun trahi par nos certitudes et nos émotions.
La Covid n’a pas fait que frapper les corps. Elle a frappé nos cœurs, nos familles, nos complicités. Et dans ce chaos tranquille, la victoire du pouvoir est là, silencieuse mais totale : nous avons été divisés, et c’est cette division qui restera, longtemps après que le virus ne soit plus qu’un souvenir. »
Pierre Barnérias, grand reporter et réalisateur sur X.
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