Le 2 décembre, l’État a pris la décision de faire abattre un troupeau de 83 vaches parfaitement saines et vaccinées contre la dermatose nodulaire. À proximité du village de Pouilley-Français, dans le Doubs, le couple d’éleveurs Céline et Cédric Lhomme a vu plusieurs centaines de personnes, paysans et simples citoyens révoltés, se rassembler sur son exploitation pour tenter d’empêcher l’innommable. Grâce à des membres de la Coordination rurale et à une fidèle auditrice, Catherine, venue sur place, Tocsin a pu suivre cette terrible journée en direct. Un grand merci à cette dernière, qui a eu le courage de se glisser sous un fil barbelé pour braver le barrage policier et se rendre sur les lieux de la manifestation !
Dès 7 heures, neuf camions de gendarmes se trouvaient stationnés aux abords de l’exploitation pour empêcher les tracteurs d’arriver. Des renforts sont venus par la suite. En fin de matinée, alors que de plus en plus de manifestants se massaient dans la cour de la ferme, les gendarmes ont reçu, puis exécuté, l’ordre de charger et de gazer, afin de laisser passer les services sanitaires. Ceux-ci sont entrés sur l’exploitation alors que l’abattage total était encore suspendu à la décision du tribunal qui, aux environs de 14 heures, a fini par donner raison à l’État. La sentence tombée, la famille Lhomme a fondu en larmes.
Ce scandale sans nom a convaincu les paysans d’une chose : « On peut dire par là qu’il y a vraiment un acharnement de vouloir diminuer le troupeau français, on ne peut pas comprendre ça autrement. », assène Christian Convers, de la Coordination rurale. Pour rappel : toutes les vaches du troupeau sont vaccinées, un seul cas de dermatose a été détecté (qui pourrait très bien être lié à une réaction au vaccin), et il n’existe aucune preuve écrite de cette détection (le résultat des tests a été donné par simple déclaration orale). La CR n’a même pas obtenu le droit de faire tester à nouveau le troupeau avant l’abattage définitif. Il est donc certain que la grande majorité des vaches abattues aujourd’hui étaient en parfaite santé.
Il y a pire encore : les manifestants ont appris sur place que le délai d’incubation du vaccin (un délai au-delà duquel les vaches sont considérées comme protégées) est passé, le jour même, de 28 à 90 jours. Ce changement de règle en cours de route, totalement arbitraire, nourrit l’idée que le principe de précaution sert de prétexte à une politique plus globale de réduction forcée de l’élevage, alignée sur des objectifs européens dont personne n’assume vraiment la responsabilité dans le débat public.
Intervenu en cours d’émission, Pierre-Guillaume Mercadal n’a pas mâché ses mots : « Il faut que les gens comprennent qu’on brise des vies. Perdre un troupeau, ce n’est pas seulement perdre un outil de travail ; c’est voir partir des lignées construites par un père, un grand-père, parfois un arrière-grand-père, des animaux de concours, une génétique patiemment améliorée, un patrimoine vivant dont la valeur dépasse largement l’indemnisation comptable. ». Le porte-parole de la Coordination rurale est déterminé à faire de cette affaire un « point de bascule » : « Si l’État veut jouer au con et leur mettre des amendes, on montera. On lèvera des cagnottes s’il le faut. On ne laissera pas tomber le collègue. On ira se battre avec eux si nécessaire ! ». Ce 2 décembre restera ainsi comme une nouvelle goutte d’eau bouillante qui tombe dans une marmite prête à déborder.
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